L’ÉTÉ À SAINT-HILAIRE

Au début du XXe siècle, Saint-Hilaire était une oasis d’air pur prisée par les Montréalais. Plusieurs familles ont eu, sur les bords du Richelieu, une maison de campagne. Parmi ces familles, citons entre autres, les Dupuis, les Chaput, les Martineau, les Laurendeau, les Lamontagne.

De plus, de 1912 à 1942, un terrain de golf dont l’instigateur a été Trefflé Lamontagne a fait le bonheur de bien des amateurs. Le parcours était situé à un kilomètre au nord de l’église entre la montagne et la rivière.

Souvenirs de vacances

Propos de Fernande Choquette-Clerk
Colligés par Kees Vanderheyden

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

«Quand j’étais jeune enfant dans les années 1880, nous passions habituellement nos étés dans une jolie station estivale à une heure de train de Montréal : Saint-Hilaire au sommet d’une montagne. L’Hôtel Iroquois était géré par messieurs Archie, Bruce et Colin Campbell. L’aîné des frères vivait au manoir dans le village de Saint-Hilaire. Leur mère était membre d’une famille canadienne-française bien connue, les Duchesnay. Les Campbell étaient ainsi reliés à de nombreuses familles des débuts du Canada.

 

Maman me contait plus tard qu’une ambiance joyeuse régnait dans l’hôtel qui était surtout fréquenté par des amis des Campbell. On y jouait au tennis, on se promenait en bateau sur le petit lac, on dansait les samedis soirs, tout cela faisait partie des amusements joyeux mais calmes au milieu des années 1880 pour les Montréalais.

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Je me rappelle très clairement la grande excitation lors de l’embarquement en train à la gare Bonaventure, le passage un peu énervant, même apeurant sur le pont Victoria, un pont couvert à cette époque; puis l’arrivée à la petite gare de Saint-Hilaire en fin d’après-midi.

Suivait le trajet en chariot campagnard, maman, les enfants et la gardienne tassés comme des sardines, sur une route tellement escarpée que je craignais que la voiture ne se mette subitement à reculer vers le bas de la colline.

 

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

L’Hôtel Iroquois situé en haut de la colline était dans mes souvenirs d’enfant un enchantement. La nourriture servie dans une salle à dîner réservée aux gardiennes et les enfants était simplement délicieuse en comparaison avec le petit-déjeuner au gruau et les dîners au pouding de mouton, steak et riz à la maison. Il y avait de grandes maisons de bain carrées tout près de l’hôtel, où on se baignait dans l’eau qui coulait d’un ruisseau en flanc de montagne; Je n’oublierai jamais la bonne odeur fraîche de l’eau froide parfumée au pin, qui rebondissait sur moi pendant que la gardienne me tenait de crainte que le courant fort ne me renverse.

 

À chaque matin, la gardienne faisait une merveilleuse promenade avec les enfants en suivant un sentier boisé qui conduisait vers un petit lac au sommet de la montagne. Un jour, plutôt ennuyée de la compagnie des autres enfants, je m’engageai sur un sentier qui partait du sentier habituel. Pendant quelques moments j’appréciais la solitude et la sensation mystérieuse de me trouver seule au cœur de la forêt, mais bientôt l’esprit aventurier s’est évanoui et j’étais heureuse d’apercevoir la gardienne et les autres enfants pas trop loin de moi.

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Photo : source SHBMSH (collection A. Cardinal)

Dans une petite cabane près du joli lac, un homme vendait des pastilles de menthe rouge et blanc, des bulls-eyes, que nous avions parfois la permission d’acheter avec nos sous.

Papa nous amenait en chaloupe à rames sur le lac. Quand je me penchais par dessus le bord de la chaloupe pour essayer de cueillir des nénuphars blancs ou jaunes, je me rappelle qu’il me réprimandait sévèrement et me disait de me tenir tranquille.

 

 

Que j’aimais les grands terrains à côté de l’hôtel, appelés les Flats, bordés d’arbres et d’arbustes. C’est ici que je découvris pour la première fois des plantes de coton. Quelques petites pommes rouges poussaient à côté de chaque porte, mais pour moi elles avaient meilleur goût que tout ce que j’ai dégusté depuis. Un raton-laveur qui se trouvait dans une cage près d’un des chalets constituait une attraction pour nous enfants; Je pouvais demeurer des heures de temps à observer cet animal poilu si amusant, si la gardienne impatiente ne me rappelait pas à l’ordre.

Que nous adorions cette première expérience de la campagne, et comment nous détestions le retour à Montréal à l’automne. Ces journées dorées baignées de soleil radieux habitent toujours le cœur d’un enfant. Quoi qu’il en soit, Saint-Hilaire est toujours pour moi une utopie délicieuse et pleine de mystère.»